Homélie du 3e dimanche du temps ordinaire – 24 janvier 2021

Par le Père Jean Paul Cazes

Jon 3, 1-5+10     Ps 24     1 Co 7,29-31     Mc 1,14-20

Ce troisième dimanche du temps ordinaire est devenu le dimanche de la Parole de Dieu par la décision du Pape François.

 

« Dieu dit … et cela fut. »

Vous connaissez ce refrain : on le trouve dix fois de suite dans le merveilleux poème de la Création du monde, au premier chapitre du livre de la Genèse.

« Dieu dit : Que la lumière soit … Et la lumière fut… Dieu dit : Qu’il y ait un firmament … Il en fut ainsi… »

C’est la plus ancienne description de Dieu : un Dieu qui parle et dont la parole est efficace. Un Dieu dont la parole et l’action ne sont pas séparées. Un Dieu qui dit vrai, un Dieu à la parole de qui on peut faire confiance.

Il a fallu dix siècles d’histoire, dix siècles de prière et de méditation, dix siècles de sainteté et d’infidélités, dix siècles de péché et de pardon pour que le peuple de Dieu, en la personne de St Jean, disciple de Jésus, puisse écrire ces mots fabuleux : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1,1)

Il a fallu dix siècles pour arriver à concevoir que la Parole de Dieu n’était pas quelque chose mais quelqu’un. Cette Parole de Dieu, ou ce Verbe de Dieu, c’est Jésus, fils de Marie, mort et ressuscité pour tous les hommes. La Parole de Dieu a pris chair ; et dès lors elle a pu traduire en mots humains la pensée éternelle de son Père. La Parole de Dieu qui a créé le monde a accepté de devenir créature pour se mettre à notre portée.

On lit dans le livre du Deutéronome (Dt 8,3) : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu ». Ce qui était une merveilleuse image, Dieu lui-même l’a prise au mot : c’est de la bouche de Jésus que sort toute parole nourrissante pour nous.  Pour nous, Jésus, vraie Parole de Dieu faite chair, est devenu aussi notre vrai Pain. Pain et Parole sont intimement liées dans la messe que nous célébrons. On ne peut pas célébrer l’Eucharistie et communier au Pain vivant si on ne célèbre pas d’abord la Parole de Dieu. C’est ainsi que la phrase du Deutéronome que je viens de vous citer est en quelque sorte prémonitoire ; elle annonce, avec quelques siècles d’avance, la forme du culte qui nous rassemble aujourd’hui pour nous nourrir. La messe contient, de façon inséparable, le temps de la Parole et le temps de l’Eucharistie. « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. » Pour la vérité de notre foi, nous ne pouvons pas nous contenter de recevoir l’Eucharistie si nous ne lisons jamais au moins les Evangiles.

 

Lorsqu’à la fin de la lecture de l’Evangile, le prêtre dit : « Acclamons la Parole de Dieu », ce n’est pas un livre que nous acclamons, c’est le Christ dont les paroles viennent d’être proclamées. Le livre est vénérable, la Bible est vénérable, mais elle renvoie à Celui qui est la Parole véritable, le Christ Jésus. Quand nos frères musulmans parlent de nous, ils disent que nous sommes la religion du Livre. Ils n’ont pas saisi ce qui est le fondement de notre foi. Ce n’est pas un Livre, si saint soit-il :  c’est Dieu fait homme et rempli d’Esprit Saint. Je vous ai déjà cité mon ancien professeur d’Ecriture sainte, le Père Trinquet, un savant, très méticuleux sur la connaissance du texte biblique. Ce savant nous a dit un jour : « Mes amis, notre religion ne repose pas sur de vieux bouts de papyrus. Elle repose sur l’Esprit Saint. » Nous ne croyons pas en un texte, mais en Dieu le Père, en Dieu le Fils mort et ressuscité, en Dieu l’Esprit Saint. Par contre, le texte, lu et relu, étudié, discuté, « mâchonné », est le témoignage le plus précieux de la pédagogie de Dieu qui, à travers l’histoire très concrète d’un petit peuple, nous amène jusqu’à rencontrer la Parole de Dieu faite chair. Voilà pourquoi lire la Bible, toute la Bible, et pas seulement l’Ancien Testament, est si important pour nourrir notre foi. Toute la Bible, y compris à travers ses difficultés, est le chemin que Dieu a pris pour nous mener à rencontrer, à écouter, à communier et à suivre sa propre Parole devenue homme pour que, en échange,  nous soyons divinisés.

 

Comme je vous l’ai dit, et comme vous le savez certainement, ce troisième dimanche du temps ordinaire est le dimanche de la Parole de Dieu. Une des raisons de cette qualification est que ce dimanche est fêté pendant la Semaine de prière universelle pour l’unité des chrétiens. Si beaucoup de sujets nous séparent encore des protestants, des orthodoxes et des anglicans, des sujets fondamentaux nous unissent déjà : le même baptême, le même Notre Père, la même Bible, le même amour et la même foi en la personne de Jésus, né de Marie, notre Seigneur, mort et ressuscité pour tous les hommes. Longtemps, nous, catholiques, nous avons pensé que la Bible était « protestante ». La Bible n’est ni protestante, ni orthodoxe, ni catholique : elle appartient à tous ceux qui reconnaissent en Jésus-Christ la Parole de Dieu faite chair. Anglicans, catholiques, orthodoxes, protestants, malgré nos différences encore sensibles, nous sommes rassemblés par la même Parole de Dieu, cette Parole vivante qui a dit juste avant de mourir : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient un en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17,21)

 

Telle est la Parole de Dieu : une Parole de vérité et de réconciliation en vue de la foi du monde. Et cette Parole est efficace : voilà pourquoi je crois que l’unité entre baptisés est en marche pour que le monde croie en Jésus-Christ. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Homélie du 2e dimanche du temps ordinaire 17 janvier 2021

1 S 3, b-10+19     Ps 39     1 Co 6,13c-15a+17-20     Jn 1,35-42

Par le Père Jean Paul Caze

Une fois n’est pas coutume : je vais laisser de côté la première lecture et l’évangile pour m’intéresser à la  première lettre de St Paul aux chrétiens de Corinthe.

 

Les mots « âme, esprit, corps » n’ont pas été inventés par Descartes. Mais Descartes les utilise à sa manière. Pour lui, l’être humain est composé de trois éléments bien distincts, presque séparés et antagonistes.

La Bible n’utilise pas ces trois mots de la même manière. Lorsqu’elle parle du corps, comme Paul le fait aujourd’hui, elle désigne l’être humain tout entier, et pas seulement une de ses composantes. A tel point que le mot grec « soma » (d’où nous en avons tiré le verbe somatiser, l’adjectif somatique) le mot grec « soma » peut être traduit en français non seulement par le mot corps, mais par le mot vie, ou par le mot homme. Le corps, pour la Bible, n’est pas un des trois composants de l’homme, mais l’homme tout entier regardé sous son aspect physique.

Pour essayer d’être clair, prenons l’exemple d’une fleur. Nous pouvons la considérer sous plusieurs aspects : l’aspect esthétique, l’aspect botanique, l’aspect économique. Ces trois aspects sont liés : cette fleur a été cultivée (aspect botanique), voilà pourquoi elle est belle (aspect esthétique), et voilà pourquoi elle coûte cher (aspect économique). Mais cette fleur est unique ; elle revêt en même temps ces trois aspects, mais il est possible de la regarder sous l’un d’eux sans ignorer les autres.

Il en est de même dans la Bible lorsqu’elle parle de l’être humain.

Dans la Bible, le corps humain n’est pas une composante séparée, et encore moins opposée, de l’âme et de l’esprit. Le mot corps est une façon de parler de tout l’être humain à partir de son aspect physique. A cause de Descartes, nous avons réduit le corps à être seulement une composante de l’être humain. Et, pire, lorsque nous parlons aujourd’hui du corps, nous avons tendance à le réduire non seulement à la sexualité, mais à la sexualité économique ; il n’y a qu’à regarder les affiches publicitaires pour s’en convaincre.  Je ne sais plus qui remarquait qu’à l’approche de l’été, une devanture de pharmacie risque de devenirplus voyeuriste qu’une devanture de sex-shop. Je pense qu’il est faux de dire : « J’ai un corps » ; le corps n’est pas une chose qu’on possède et qu’on peut traiter n’importe comment, y compris le réduire en marchandise. Par contre, il est vrai de dire : « Je suis mon corps ».

La Bible dit la grandeur du corps parce qu’elle dit la grandeur de l’être humain aux yeux de notre Dieu.

Le passage de la lettre de Paul aux chrétiens de Corinthe nous le suggère de trois manières.  

 

D’abord, le corps, notre corps, est promis à la résurrection. Ne me demandez pas comment cela se fera, je n’en sais pas plus que vous, et Jésus ne le dit pas. Mais soyons logiques : si nous croyons que Dieu notre Père est Créateur, si nous croyons qu’il a créé l’univers entier, si nous croyons qu’il est le créateur de l’être humain, pourquoi serait-il plus difficile de croire qu’il a la faculté de nous ressusciter ? Il n’a pas été plus difficile à Jésus de dire au paralytique : « Tes péchés sont pardonnés », que de lui dire : « Lève-toi et marche. »(Mc, 2,9) De la même façon, il n’est pas plus incroyable de penser que Dieu nous appelle à la résurrection comme il nous a appelés à l’existence. Notre corps – c’est à dire notre être tout entier – est promis à la résurrection, celle que Jésus a inauguré le matin de Pâques.

 

Car nous sommes unis au Christ. C’est le second point de la réflexion de Paul. Il s’adresse aux chrétiens de Corinthe dont la vie n’est pas moralement irréprochable. Il aurait pu leur adresser un discours très moralisateur. Or, il ne leur parle ni de permis ni de défendu. Il leur dit : par votre baptême, vous êtes liés au Christ.   Vos corps – c’est-à-dire vous tout entiers – sont liés au Christ mort et ressuscité. Voilà pourquoi vos corps – c’est-à-dire vous tout entiers – sont promis à la résurrection.

 

Vient alors le troisième point de réflexion de Paul : notre corps – y compris dans son aspect le plus matériel, le plus charnel – notre corps est le temple de l’Esprit Saint. Plus encore que le tabernacle de bois doré devant lequel beaucoup d’entre nous viennent s’incliner puisqu’il contient le Saint Sacrement, notre corps est le vrai tabernacle de la présence divine. C’est notre corps qui a reçu l’eau du baptême. En rigueur de terme, nous devrions nous incliner les uns devant les autres après la communion. Le vrai tabernacle, c’est nous, chacun de nous.

 

Quelle est la raison fondamentale des trois points de réflexion de Paul ? Si notre corps – c’est-à-dire nous tout entiers – est promis à la résurrection, si notre corps – c’est-à-dire nous tout entiers – est membre du Christ par le baptême, si notre corps – y compris dans son aspect le plus charnel – est le véritable tabernacle de la présence divine, c’est pour une seule raison que Paul énonce de cette façon : « Vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été rachetés à grand prix. » De même que les époux ne s’appartiennent plus à eux-mêmes puisqu’ils se sont donnés l’un à l’autre, y compris dans leurs corps, ainsi les baptisés que nous sommes ne s’appartiennent plus à eux-mêmes – y compris dans leur corps – mais sont membres du Christ. Car le Christ a payé le prix fort, si je puis dire, pour nous libérer de tout esclavage et nous lier à lui par amour. Le montant qu’il a versé, c’est sa Vie tout entière, sa Passion, sa mort et sa Résurrection. Comme le dit Paul : le Christ nous a achetés à grand prix.

D’où la phrase finale qui est une sorte de cri de triomphe : « Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. »

 

Notre religion est une religion d‘incarnation, pas une religion de purs esprits sans consistance. Nous croyons en un Dieu qui s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie et qui, par sa chair crucifiée et ressuscitée, nous attache solidement et définitivement, tout entiers, à notre Père et Créateur. Comme le dit un théologien contemporain (A. Guesché), le corps est un chemin de Dieu vers l’homme, et un chemin de l’homme vers Dieu. Puisque nous sommes plongés par le baptême dans le Christ, Dieu fait chair, prenons ce chemin pour rendre gloire à notre Dieu, par Jésus-Christ notre Seigneur, dans la lumière de l’Esprit.

 

 

Entretiens sur la prière

Le dimanche matin dans l’église

Les prêtres de la paroisse vous proposent une série de 8 courts enseignements sur le thème de la prière, entre janvier et avril. Ces conférences seront données dans l’église le dimanche entre 10h15 et 10h45.
Les sujets abordés seront :

  • dimanche 17 janvier : Pourquoi prier ? Dans quelle disposition d’esprit
  • dimanche 24 janvier : La prière vocale
  • dimanche 31 janvier : La prière liturgique
  • dimanche 7 février : Le Christ, parole éternelle du Père
  • dimanche 7 mars : La part de l’homme dans l’oraison
  • dimanche 14 mars : La part de Dieu dans l’oraison et l’acte de foi
  • dimanche 21 mars : L’adoration du Saint-Sacrement
  • dimanche 11 avril : La prière comme acte missionnaire

Homélie du 10 janvier 2021 Baptême du Seigneur

par le Père Jean Paul Cazes

Isaïe 55,1-11     Cant. Is 12, 4bcd+5-6     1 Jn 5, 1-9     Mc 1, 7-11

 

Par cette fête du Baptême de jésus, nous sommes encore dans le temps de Noël. La liturgie nous incite à voir plus large que ce que nous pensons ordinairement. Pour nous, Noël est passé ; pas pour la liturgie, et c’est elle qui a raison. Noël n’est pas seulement le 25 décembre; c’est une manière d’être, c’est une vie. Pour essayer de caractériser Noël et le temps de Noël, on peut dire qu’il s’agit d’un échange, et même d’un admirable échange. La liturgie le dit en latin : un « admirabile commerium. » En Jésus, Dieu se fait homme pour que nous soyons élevés à la dignité de fils et de filles de Dieu. En Jésus, Dieu se fait mortel pour que nous puissions accéder au Royaume de Dieu. En Jésus, Dieu se plonge dans notre état de pécheurs, sans pécher lui-même, pour nous offrir sa sainteté.

 

Par la fête d’aujourd’hui, Jésus se plonge dans le baptême incomplet donné par Jean-Baptiste pour nous offrir son Baptême, c’est-à-dire sa mort et sa résurrection. Par le baptême que nous avons reçu, nous n’avons pas été plongés dans l’eau du Jourdain, mais dans la mort et la résurrection de Jésus. La fête d’aujourd’hui n’est pas la fête de notre baptême mais la fête du baptême donné par Jean et reçu par Jésus. La fête de notre baptême, c’est Pâques.

 

Mais aujourd’hui, nous continuons à nous émerveiller de ce que fait Jésus pour nous : dans sa naissance, dans sa sainte famille, dans son épiphanie, dans son baptême, il ne cesse de venir habiter dans nos pauvres réalités humaines pour nous élever dans sa réalité divine. Le temps de Noël qui se termine aujourd’hui est vraiment le temps de l’admirabile commercium.

 

Le temps de Noël, qui s’est ouvert par une naissance, se termine sur une autre naissance, une naissance qui ouvre tout l’évangile : la naissance spirituelle du Fils de Dieu.

Je ne vous apprends rien si je vous dis que l’évangile selon st Marc, celui que nous allons suivre au long de notre année liturgique, l’évangile selon st Marc ne mentionne pas la naissance charnelle de Jésus. Luc et Matthieu en parlent. St Jean évoque, si je puis dire, la naissance éternelle du Verbe de Dieu : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » : vous connaissez cet admirable Prologue de St Jean ! Mais dans Marc, rien de tout cela.  

Marc commence son évangile par le témoignage, en quelques rapides versets, de Jean-Baptiste qui offre un baptême d’eau et de conversion. Et tout à coup, de manière inopinée, sans transition, le texte nous place en présence du Sauveur : « En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain. »

Il est évident que st Marc était conscient de ce qu’il écrivait en ce qui concerne le baptême reçu par Jésus : l’eau du Jourdain, les cieux qui s’ouvrent, l’Esprit qui descend sur Jésus, la voix du Père. Par contre, je ne sais pas si Marc était conscient du fait que les mots qu’il utilise évoquent vraiment une naissance : Jésus est plongé dans les eaux, puis il sort des eaux et les cieux s’ouvrent (je pense que ce sont des réalités qui parlent aux mamans) ; puis l’Esprit qui descend non seulement comme une colombe mais comme un vêtement ; enfin la voix paternelle qui reconnaît – au sens fort du terme – l’homme Jésus comme son propre Fils.

Je précise tout de suite : Jésus n’est pas devenu Fils de Dieu le jour de son Baptême ; Jésus est Fils de Dieu dès sa conception dans le sein de Marie. Mais puisque Marc ne raconte pas la naissance humaine de Jésus, il l’évoque avec des mots très forts au moment du baptême. Ce baptême est réellement une naissance par l’eau et dans l’Esprit comme Jean l’a annoncé : « Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

 

Que la naissance de Jésus soit racontée par Matthieu et Luc, qu’elle soit évoquée par Jean et Marc, la réalité est la même : depuis sa naissance charnelle et spirituelle, le Christ vient au milieu de nous, en nous. Il partage notre existence pour nous faire partager la sienne. Il est vraiment fils de Marie comme nous pour que nous devenions fils et filles de Dieu comme lui.

Le temps de Noël, dans toute son extension, depuis la Nativité jusqu’au Baptême de Jésus, est le temps de l’admirable échange entre le Christ et nous.

Noël est bien plus qu’une date sur le calendrier : c’est un style de vie.

 

Notre ligne spirituelle pourrait donc être celle-ci : comment vivre humblement mais réellement dans l’esprit de Noël durant les jours qui viennent ? Autrement dit : pour nous, chrétiens, qu’est-ce qui reste de Noël dans notre vie, à part le souvenir d’un moment heureux pour certains, ou difficile pour d’autres ?

Que l’Esprit Saint nous aide à mettre en pratique l’esprit du temps de Noël !

 

 

Homélie du dimanche de la Sainte Famille

27 décembre 2020

par le Père Jean Paul Cazes

Gn 15, 1-6 + 21, 1-3     Ps 104 (105)     Hbx 11, 8+11-12+17-19     Lc 2,22-40

Avant-hier, prêcher était un exercice délicat : comment ne pas être naïf et cependant laisser l’espérance ouverte ? Comment ne pas être naïf en laissant croire que parce que nous fêtons Noël, tout est beau et merveilleux ? Et en même temps – comme on dit en haut lieu – comment cultiver l’espérance, justement parce que Jésus est né ? 

Aujourd’hui, c’est une autre difficulté qui nous attend : parler de la famille à l’occasion de la fête de la sainte famille de Jésus. 

Il est probable que la famille est, plus que jamais, une valeur sûre. Pourtant, elle est sujette à beaucoup de bouleversements. Ces bouleversements, vous les connaissez aussi bien que moi. Je les connais dans ma propre famille, et il est certain que beaucoup d’entre vous, ce matin, les vivent. 

Il y a quelques générations, la description de la famille se concentrait au noyau père/mère/enfants. Mais déjà c’était une évolution puisque, auparavant, les grands-parents faisaient partie de la famille ; enfants et petits-enfants vivaient avec eux. Les « anciens » finissaient leur vie en famille ; la mort faisait partie de la vie, ce n’était pas un sujet tabou. 

Puis le noyau familial s’est rétréci à ce que nous avons connu il y a encore peu. Et l’évolution a continué sous les effets conjugués de nombreux facteurs économiques et sociaux. La famille existe toujours et peut-être même plus qu’avant, mais sa description est aujourd’hui aléatoire. Et de nombreuses questions se posent douloureusement à notre foi : les divorces, les familles dites « recomposées », mais aussi, les personnes qui vivent une union homosexuelle, les questions relatives à l’enfant, que ce soit l’adoption, la GPA, les mères porteuses … toutes ces questions qui sont très délicates, douloureuses, et qui sont vécues parfois dans un climat de revendication qui n’aide pas à y voir clair. 

Quel que soit l’angle sous lequel le prédicateur aborde le sujet de la famille, il devient aux yeux de certains soit un abominable conservateur, soit un dangereux laxiste. Et, dans tous les cas, la nouveauté évangélique n’est ni perçue, ni reçue. 

Or, que ce soit dans les bouleversements actuels ou dans l’évangile, la famille est aimée. C’est un point commun important entre la mentalité de notre temps et l’évangile. Alors, au cas où nous serions tentés de nous traiter mutuellement de réactionnaires ou de progressistes, il nous est possible de partir de ce point commun : l’amour de la famille.

La première lecture de ce jour est tirée du livre de la Genèse et la seconde, de la lettre aux Hébreux. Ces deux textes ont environ 600 ans de distance. Mais ils disent, chacun à leur façon, des réalités fondamentales. 

Ils disent que la famille – qui est une réalité ô combien charnelle, sociologique, amoureuse, culturelle, économique – est d’abord une réalité de foi. « (Le Seigneur) déclara : Telle sera ta descendance ! Abram eut foi dans le Seigneur… » Voilà ce que dit la Genèse. Et on lit dans la lettre aux Hébreux : « Grâce à la foi, Sara … fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance … »

Si nous, chrétiens, nous ne savons pas regarder la famille sous cet angle, qui le fera ? Pour nous, la famille est d’abord une réalité de foi, quelle que soit sa forme. En Occident, sa forme a évolué. En Afrique, elle ne revêt pas la même réalité. Du temps d’Abraham, elle était autre que pour nous maintenant. Alors, au lieu de nous déchirer, cherchons les uns et les autres, dans la réflexion et la prière, ce que notre Dieu désire pour nos familles. 

La seconde leçon de nos deux lectures est la fécondité. Là encore, je prends le risque de blesser les couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants et je les prie de me pardonner mes indélicatesses. Mais si l’enfant est le signe tangible de la fécondité, elle ne se réduit pas à lui. Il nous est demandé, à tous, d’être féconds. Je connais des foyers sans enfant. Ils sont blessés de ne pouvoir transmettre la vie; mais leur amour mutuel est si authentique qu’ils rayonnent autour d’eux. 

Dans notre vie quotidienne, dans notre travail, nos relations, sommes-nous féconds ? Donnons-nous aux autres la possibilité de naître ? Vous savez peut-être que j’ai passé un an dans un des foyers de l’Arche de Jean Vanier, cette œuvre extraordinaire qui accueille des personnes handicapées mentales. Là, j’ai vu des personnes renaître grâce à l’amitié et au respect qu’on a pour elles. Cette œuvre est merveilleusement féconde. Elle est une vraie famille pour tous ces blessés de la vie. 

La fête de la Sainte Famille ne nous donne pas forcément la description ultime de ce que devrait être une famille. Elle nous donne, par contre, un esprit qui devrait pouvoir marquer toutes nos relations. Nos familles, quelles qu’elles soient, vivent-elles un esprit de famille ? Sont-elles une réalité animée par la foi ? Sont-elles une réalité féconde ? Voilà deux questions que même notre assemblée paroissiale serait bien inspirée de se poser pour attirer nos concitoyens vers Jésus, ce Messie dont nous avons fêté la naissance. 

Homélie de la nuit de Noël

24 décembre 2020      NOËL

par le Père Jean Paul Cazes

Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. 

Ce soir, le chant des anges est notre chant.

C’est ce que proclame la banderole circulaire qui entoure la Trinité qui se trouve en face de vous, sur le cul de four du chœur.

Quelle chose étonnante que de chanter la gloire d’un nouveau-né ! Non seulement il n’a rien fait, mais ses parents n’appartiennent pas à la haute société ; son village natal n’est qu’un point minuscule sur la carte ; son pays est une des provinces les plus reculées et les plus pauvres de l’immense empire de Rome.

Rien donc qui parle de la gloire au sens où nous l’entendons de manière habituelle. Pas de haute naissance, pas de gloire militaire, pas de décorations, pas de renommée artistique ou financière.

Et pourtant, nous avons raison de chanter : « Gloire … ! »

Parce que ce qui rend gloire à notre Dieu, c’est l’homme vivant.

Dieu est glorifié quand l’être humain, quel qu’il soit, de quelque pays qu’il soit, et – j’ose dire – de quelque religion ou athéisme qu’il soit, est mené à la vie.

Je pense, bien sûr, spontanément, à notre vie corporelle et à sa fragilité individuelle et collective. Je pense à tous ces efforts que nous avons consentisdepuis des mois, et que nous allons consentir encore pendant longtemps, pour que la maladie se répande le moins possible et soit finalement maîtrisée. Je pense à tous les efforts consentis par le personnel de santé, à toutes ces recherches scientifiques pour trouver un vaccin réellement efficace.

Mais je pense tout autant à tout ce qui est fait par tant de personnes, pour humaniser la crise que nous traversons. Tous ces humbles gestes du quotidien pour garder des liens avec des personnes isolées. Toutes ces opérations de grande ampleur menées par des organisations caritatives ou humanitaires pour soulager les détresses.

Par contre, je regrette que toute la vie culturelle ait été classée dans ce qui n’est pas essentiel ; car, pour paraphraser l’évangile, que sert à l’homme de garder sa santé s’il vient à perdre son âme ?

Notre Dieu, le Dieu révélé par Jésus-Christ, est glorifié par tous les efforts qui humanisent la vie. Comme un père est glorifié par la réussite de ses enfants.

Chaque fois que nous laissons notre porte et notre cœur ouverts, sans nous refermer sur nos craintes pourtant légitimes, notre Dieu est glorifié.

Chaque fois qu’un être humain est libéré de son esclavage en Lybie ou ailleurs, libéré de ses addictions et de ses enfermements, notre Dieu est glorifié.

Chaque fois qu’un être humain est sur le chemin d’une guérison physique ou mentale, notre Dieu est glorifié.

Chaque fois qu’un être humain accède à plus de savoir, plus de dignité, de capacité, notre Dieu est glorifié.

Chaque fois qu’une main fraternelle se tend pour relever quelqu’un, notre Dieu est glorifié.

Chaque fois qu’à un enfant, fille comme garçon, est reconnu le droit d’être aimé, soigné, éduqué, instruit, notre Dieu est glorifié.

Chaque fois qu’une personne handicapée est reconnue dans sa dignité d’être humain, notre Dieu est glorifié.

Chaque fois que l’humanité est orientée, à travers les échecs et les réussites de cette vie, vers la vie en plénitude du royaume des cieux, notre Dieu est glorifié.

Car notre Dieu n’est pas jaloux de nous ; sa gloire est là où nous cherchons à humaniser notre vie personnelle et collective. Humaniser notre vie, c’est à dire l’orienter vers son véritable accomplissement qui est au-delà de cette terre, dans la plénitude du Royaume.

Une des choses extraordinaires de Noël, c’est que Dieu vient chez nous pour nous apprendre à être homme. Dieu, par son Fils, est plus homme que chacun de nous. Souvent, nous avons tendance à opposer humanité et divinité ; certes, elles sont bien distinctes. Et pourtant, grâce à Jésus, elles sont réconciliées. Par Jésus, Dieu notre Père nous apprend à être homme, il nous apprend à humaniser notre vie, nos relations.

Et chaque fois que nous humanisons notre vie, nous nous approchons de Lui.

Voilà pourquoi nous avons raison de chanter Gloire à Dieu ;

et paix à tous les hommes de tous les temps car Dieu les aime.

Homélie du 4ème dimanche de l’Avent B

par le père Yvan Maréchal
Lectures : 2 S 7,1-16 ; Ps 88 ; Rm 16,25-27 ; Lc 1,26-38 20 décembre 2020
« Je vous salue, Marie, pleine de grâce. » Combien de fois avons-nous prononcé cette prière toute simple, dans les moments de joie comme dans les moments de peine, en reprenant les paroles de la salutation de l’ange Gabriel : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » L’Angélus, que nous pouvons prier matin, midi et soir, ne fait pas autre chose quand il nous introduit dans la venue du Seigneur Jésus dans notre chair, en portant l’annonce joyeuse de l’ange, en énonçant le consentement de Marie et en affirmant l’incarnation du Fils de Dieu en elle.
Nous sommes peut-être habitués aux représentations picturales de l’Annonciation. Nous connaissons par exemple les peintures de Grünewald, de Donatello ou de Fra Angelico, où Gabriel est souvent figuré toutes ailes déployées, majestueux et plein d’assurance, devant Marie assise en prière, en extase, sans peur aucune, mais pleine de confiance.
À l’Annonciation se réalise en effet ce qui était attendu depuis des siècles, comme l’exprime saint Paul dans la lettre aux Romains : « révélation d’un mystère gardé depuis toujours dans le silence, mystère maintenant manifesté au moyen des écrits prophétiques, selon l’ordre du Dieu éternel, mystère porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi ». Le mot « mystère » signifie ce qui est fermé et conservé dans le silence, ce que Dieu gardait dans son cœur, mais qui est désormais révélé, porté à la connaissance des hommes, ce qui est donc manifesté. Ce mystère, c’est donc ici la révélation du Dieu caché faite à toutes les nations. Depuis les prophètes qui l’ont annoncée, depuis David qui a reçu la promesse d’une descendance et d’une royauté pour toujours, la venue du Sauveur est attendue par toute l’humanité. À l’Annonciation s’accomplit alors le consentement au salut exprimé par le oui de Marie.
Dans la première lecture, c’est-à-dire dans le Deuxième livre de Samuel, le roi David de Jérusalem habite une maison de cèdre et il a la mauvaise conscience de savoir que l’arche d’alliance, qui symbolise la présence de Dieu, est abritée par une simple toile de tente. C’est pourquoi il prend la décision de construire un temple pour Dieu. Ainsi Dieu qu’il honore et qu’il veut servir pourra être vraiment présent au milieu de la cité de Jérusalem. Cependant Dieu lui-même intervient par l’intermédiaire de son prophète Nathan pour lui faire à la fois un blâme et une promesse. En effet, contrairement au projet royal, David ne construira pas le temple, parce que la maison de Dieu ne peut pas être faite de mains d’homme. Mais Dieu, qui a édifié le royaume de David en le soutenant dans ses victoires, lui bâtira une maison : cette maison voulue par Dieu ne sera pas une maison de pierre, parce que Dieu ne peut pas vraiment être contenu dans la pierre, elle sera plutôt la grande famille royale, la descendance de David : « Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » Cette construction inouïe sera donc avant tout humaine et spirituelle. Bien plus, la promesse faite à David et à sa descendance s’adresse à nous aussi aujourd’hui, si nous croyons qu’elle s’est accomplie en Jésus-Christ.
Dans l’Évangile de saint Luc, Marie reçoit à son tour un messager prestigieux, bien plus qu’un prophète, puisqu’il s’agit de l’ange Gabriel qui lui annonce qu’elle a été choisie par Dieu pour mettre au monde un fils ; elle a donc été élue pour être le temple dans lequel Dieu établira son Fils, elle sera le temple de la présence du Seigneur. Marie est « Comblée-de-grâce », parce que dès le premier instant de son existence, Dieu avait choisie Marie et il l’avait préparée, pour qu’elle devienne le temple déjà annoncé à David 1000 ans auparavant et pour qu’elle établisse en elle la demeure de son divin Fils. Ce Fils, c’est Jésus, qui est plus que le fils de David : « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » En Marie, Dieu veut donc former un corps composé à la fois d’une nature divine semblable à la sienne et d’une nature humaine semblable à la nôtre. Ce Fils de Dieu et de Marie sera le Messie attendu par Israël. Il est aujourd’hui le sauveur attendu par toute l’humanité.
À l’Annonciation, Marie s’interroge pourtant sur la façon dont se fera la conception de son enfant. « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » Marie ne se pose pas de question sur la conception biologique de l’enfant, mais elle demande comment elle doit entrer dans le mystère de Dieu et accueillir le projet de Dieu. L’ange lui en donne alors la réponse : « l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. »
Le fils que Marie concevra ne sera pas comme Jean-Baptiste qui fut une récompense offerte à Zacharie l’homme juste et à son épouse Élisabeth la stérile. Il ne sera pas l’enfant d’un vieux couple, l’enfant que l’on n’espérait plus attendre. Il sera davantage, il sera l’enfant de la virginité, le premier homme d’une nouvelle humanité, d’une nouvelle création accomplie par l’Esprit Saint.
C’est pour cela que Marie est appelée à prendre une décision. Et le monde attend le oui de Marie, comme l’exprime saint Bernard dans son Sermon sur les louanges de la Vierge Marie : « Ta réponse, ô douce Vierge, Adam l’implore tout en larmes, exilé qu’il est du paradis avec sa malheureuse descendance ; il l’implore, Abraham, il l’implore, David, ils la réclament tous instamment, les autres patriarches, tes ancêtres, qui habitent eux aussi au pays de l’ombre de la mort. Cette réponse, le monde entier l’attend, prosterné à tes genoux. Et ce n’est pas sans raison, puisque de ta parole dépendent le soulagement des malheureux, le rachat des captifs, la délivrance des condamnés, le salut enfin de tous les fils d’Adam, de ta race entière. Ne tarde plus, Vierge Marie. Vite, réponds à l’ange, ou plutôt, par l’ange réponds au Seigneur. Réponds une parole et accueille la Parole ; prononce la tienne et conçois celle de Dieu ; profère une parole passagère et étreins la Parole éternelle. Pourquoi tarder ? Pourquoi trembler ? Crois, parle selon ta foi et fais-toi tout accueil. (…) Lève-toi, cours, ouvre lui : lève-toi par la foi, cours par l’empressement à sa volonté, ouvre-lui par ton consentement. » Toute l’histoire humaine dépend donc de Marie et de sa réponse. Pour que Dieu puisse se révéler pleinement, il faut qu’il y ait une collaboration humaine, sinon l’œuvre de Dieu ne pourra pas s’accomplir. Marie se présente alors comme la vraie croyante qui accepte de collaborer fidèlement au projet du Seigneur. Et c’est ainsi que se réalise l’incarnation dans le sein de cette femme qui se livre totalement à l’œuvre de son Fils : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Marie ose poser un acte de foi devant le mystère invisible et s’engage totalement au service de Dieu. Comme Marie, nous devons oser vivre de la foi et croire dans la vie que Dieu donne, car rien n’est impossible à Dieu. Trop souvent, dans notre foi, nous passons à côté de Dieu, parce que nous l’attendons ou le cherchons dans des actions extraordinaires, sur une route menée à la mesure de notre projet et de nos désirs. Le chemin du Seigneur nous paraît déroutant et nous fabriquons ainsi nous-mêmes le sentiment de l’absence de Dieu. En réalité, ce n’est pas Dieu qui s’absente, c’est nous qui avons quitté la vie cachée de Nazareth. Ce n’est pas l’heure de Dieu qui tarde, c’est nous qui ne l’attendons plus. Marie, elle, n’a pas d’autre projet que de laisser Dieu agir et de trouver grâce auprès de lui. C’est pourquoi, même si le message de Dieu l’ébranle, parce que l’irruption de son amour est toujours bouleversante, sa première réponse est toute sublime : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Cher paroissiens, nous aussi, nous sommes invités à entrer dans cette même collaboration à l’œuvre de Dieu. Est-ce que comme Marie, nous y inscrivons toute notre bonne volonté, tout notre oui inconditionnel à Dieu ? Ou au contraire baissons-nous les bras, parce que la tâche est trop lourde à porter, parce que Dieu semble nous demander un effort trop grand, parce qu’il semble se taire ? Aujourd’hui peut-être, il n’est pas trop tard pour reprendre le chemin de conversion préparé par Jean-Baptiste, ressaisir une vie spirituelle qui se relâche et se mettre au service du Seigneur de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force. Peut-être aussi qu’à notre manière nous pouvons engendrer par la foi le Fils de Dieu, comme le dit saint Ambroise dans l’une de ses Homélies sur l’évangile de Luc : « Heureux, vous qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres. Que l’âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu’il exulte en Dieu. S’il n’y a, selon la chair, qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. (…) Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l’âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son sauveur. »

Homélie du 3e dimanche de l’Avent

13 décembre    3ème dimanche de l’Avent   Année B

Isaïe  61, 1-2a+10-11     Ps : Lc 1     1 Th 5, 16-24     Jn 1, 6-8+19-28

 

Dimanche dernier, j’ai vécu une toute petite expérience qui m’a donné à penser. Je m’étais proposé d’aller voir trois groupes d’amis durant l’après-midi ; comme tous les autres, je ne les avais pas vus depuis longtemps. Je leur avais téléphoné et mis au point un horaire. A 14h, j’étais à mon volant, mais plus de batterie ! Depuis, j’ai une batterie neuve, tout est rentré dans l’ordre. Mais, dimanche dernier, tout allait mal. Différentes aides m’ont été offertes, mais rien n’allait. Si bien que je suis resté ici et que je n’ai vu personne. Mon moral est descendu en flèche. 

Pourtant, il y a des choses bien plus graves que de ne plus avoir de batterie et de ne pas pouvoir visiter des amis. Mais cette toute petite expérience m’a fait toucher du doigt que nos équilibres sont très fragilisés en ce moment, et qu’un rien peut les mettre en danger. 

 

C’est avec cela dans la tête et le cœur que j’aborde avec vous ce troisième dimanche de l’Avent qui est le dimanche de la joie. Son nom latin est « Gaudete », c’est-à-dire, « réjouissez-vous ». Il correspond au quatrième dimanche de Carême qui est aussi un dimanche de la joie : « Laetare »

La première oraison du début de la messe dit : « Dirige, Seigneur, notre joie vers la joie d’un si grand mystère. » Isaïe dit : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. » St Paul écrit : « Soyez toujours dans la joie … »

Comment entretenir la joie en nous et entre nous ?

Ou comment la réveiller ? 

 

Cela peut être très blessant, pour tel ou tel d’entre nous, d’entendre « Soyez toujours dans la joie … » C’est peut-être pour lui comme si la Parole de Dieu ne tenait pas compte des difficultés qu’il traverse en ce moment. 

Il y a les difficultés communes que nous connaissons tous ; il n’est pas nécessaire que j’en dresse la liste. Et puis il y a les difficultés propres à chacun : maladie, perte d’emploi, relations familiales, décès … Alors, si la toute petite difficulté que j’ai vécue dimanche dernier a mis – provisoirement – mon moral à plat, combien plus toutes ces difficultés ! 

Parler de la joie, dans ce contexte, peut sembler blessant ou naïf.

Et pourtant, n’est-ce pas de cela que nous avons besoin ? 

La joie fait tellement de bien ! Je ne parle pas de la gaité, même si la gaité est une bonne chose ; mais la gaité passe, comme passe les décorations et les cotillons d’une fête. 

La joie, du moins la joie chrétienne, est autre chose que la gaité. La joie chrétienne repose sur la certitude d’être aimés par Dieu le Père. La naissance de son Fils en notre humanité nous dit cet amour. Nous sommes aimés, tels que nous sommes. C’est cela le salut ; n’oublions pas que le nom de Jésus signifie « Dieu sauve ». Voilà sur quoi repose notre joie. Joie et Jésus, ça va ensemble !

 

Cette joie-là a plusieurs particularités.

D’abord, elle ne masque pas nos difficultés ; elle n’est pas un remède miracle. Par contre, elle est une force particulière pour voir autrement ces difficultés et les porter avec courage puisque Jésus est venu les porter avec nous.

 

Elle a une autre particularité : loin de diminuer si on la distribue, elle augmente quand on la donne. Alors, je lance une proposition : affichons carrément la raison de la joie de Noël, et affichons-la sur nos fenêtres. J’appelle ça : l’évangélisation par la fenêtre. Collons en grand sur nos fenêtres le nom de Jésus. C’est bien de mettre des sapins, des étoiles, des père Noël et tout le reste ; mais c’est du folklore. Ce n’est pas le folklore qui apporte la joie, c’est le nom de Jésus ! Je rêve de voir nos fenêtres décorées par le nom de Jésus. Il n’est pas difficile de découper les cinq lettres du nom de Jésus, de les colorier et de les coller sur nos fenêtres. Demandez à vos enfants ou à vos petits-enfants de le faire, ils seront ravis. 

C’est bêta, c’est nunuche, c’est infantile ? Non !

C’est accepter de s’afficher publiquement comme chrétiens, et ce n’est pas si facile que ça vis-à-vis des voisins. 

Et pourtant, c’est notre magnifique mission ! 

Un de mes amis, jeune curé dans le diocèse de Versailles, a décidé, avec ses paroissiens, d’un projet d’évangélisation qu’il a nommé : « Aimer Jésus et le faire aimer ». C’est là qu’est la joie de Noël.

 

Nous avons douze jours pour dire « la joie de Jésus » par nos fenêtres !

Homélie du 2e dimanche de l’Avent

6 décembre 2020 2ème dimanche de l’Avent Année B
Isaïe 40, 1-5 + 9-11 Ps 84(85) 2 P 3,8-14 Marc 1, 1-8

Vous savez certainement que, depuis dimanche dernier, qui fut le premier jour de la nouvelle année chrétienne, nous sommes entrés dans l’année liturgique B durant laquelle les dimanches nous donneront l’évangile selon St Marc dont nous aujourd’hui avons les tout premiers versets : « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. »
Certes, les évangiles nous aident à découvrir nos péchés et, surtout, à nous tourner vers celui qui pardonne ; cela est affirmé dès le verset 4 : « Alors, Jean, celui qui baptisait … proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. » Que cela nous aide à nous confesser avant Noël.
Mais imaginons un instant que tous les hommes soient sans péché, pensez-vous que Jésus serait venu ? Car c’est bien lui qui est venu pardonner nos péchés. Alors, si nous étions purs de tout péché, que serait-il venu faire au milieu de nous ?

Je vais vous raconter une petite histoire. Ma filleule, Agnès, qui est actuellement maman de deux garçonnets, avait trois/quatre ans à l’époque. Ses parents vivaient dans les environs de Tours. J’essayais, comme je pouvais, d’aller voir ma filleule de temps à autre. Chaque fois, en bon parrain que j’étais, je lui apportais un petit cadeau. Cette fois-là, je n’avais pas eu le temps de faire mes courses. Je suis arrivé les mains vides. Agnès m’a fait comprendre qu’elle attendait un cadeau ; je lui ai dit : « Ma chérie, aujourd’hui, le cadeau, c’est moi ! » Elle a peu apprécié ! Nous sommes souvent des « Agnès » dans la vie chrétienne. Nous espérons des cadeaux sans faire attention au donateur.

Je reprends ma question : si les hommes étaient sans péché, pensez-vous que Jésus soit venu ? Sa venue aurait-elle une utilité ? Je pense que Jésus serait venu à notre rencontre ; car nous avons beaucoup plus besoin de lui que de ses cadeaux. C’est lui le cadeau ! La venue de Jésus au milieu de nous n’est pas d’abord utilitaire : elle est amoureuse. Aurions-nous été sans péché qu’Il serait venu tout simplement parce qu’il nous aime et veut nous dire l’amour de notre Père.

Les évangiles ne sont pas d’abord, et fondamentalement des livres de morale. Bien sûr, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Il est vrai que l’enseignement de Jésus a une valeur morale de premier ordre; Jésus nous aide à construire notre vie, à choisir entre le bien et le mal, entre la justice et l’injustice, entre la paix et la guerre, entre le pardon et la vengeance, entre l’amour et la haine. Les évangiles sont pour nous une source de sagesse. Mais ils ne sont pas des codes de bonne conduite. Ils sont la révélation d’une personne qui nous offre son amour afin que nous lui répondions par notre amour, d’où le titre de l’évangile selon st Marc : « Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. »

Ce titre est un programme. Il annonce le plan suivi par st Marc. Deux grandes parties dans son évangile. Première partie : Jésus est le Messie (ou le Christ, puisque vous savez que ces deux mots sont équivalents, l’un en hébreu, l’autre en grec). Seconde partie : Jésus est le Fils de Dieu. Ces deux parties s’articulent autour de la profession de foi de St Pierre au chapitre 8. La première partie va du baptême de Jésus à la profession de foi de Pierre. La seconde va de la profession de foi de Pierre à la Passion/Résurrection. En passant, remarquons que Marc commence son évangile non pas à la naissance de Jésus, comme Matthieu et Luc, mais à son baptême : c’est l’étendue de la mission de Jésus qui intéresse Marc. Et cette mission consiste à sauver l’humanité par l’adhésion à sa personne.

Marc veut nous mettre en présence de la personne de Jésus-Christ, bien plus que nous donner la totalité de son enseignement. D’ailleurs, même st Jean n’écrira pas la totalité de ce que Jésus a dit et fait puisqu‘il écrit : « Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20, 30-31). St Jean résume dans ces deux versets l’intention de st Marc.
Ce qui nous sauve, nous les baptisés – et l’humanité à travers nous – ce n’est pas de suivre un enseignement moral à la lettre – même si cet enseignement est de première importance – mais d’être unis à la personne de Jésus, Christ, le Fils unique de Dieu son Père et notre Père.

Père Jean Paul Cazes